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24 juillet 2018

Let's read together #3



Mboté mes bénés!
J'espère que vous allez bien je vous retrouve aujourd'hui comme chaque semaine pour vous faire découvrir un livre issu de ma bibliographie.
Cette semaine je fais une petite entorse à la règle de ne présenter que des ouvrages d'auteurs afro-descendants.
Car ce livre est l'un des meilleurs que j'ai jamais lu il a été écrit par un auteur polonais de confession juive Marek Halter et traite De Tshippora une kouchite (noire) héroïne oubliée de la bible...(on se demande pourquoi).
So, finalement on reste quand même dans le thème de Let's read Together ;)

J'ai lue ce livre il y a 6 ans déjà une seule fois et je en l'ai plus relue car c'est un récit très triste et très spirituel qui m'avait bouleversée à l'époque et j'avais fait une fiche de lecture que je vais partager avec vous.

*Un petit mot sur l'illustration:

La première de couverture est illustrée par une somptueuse peinture de K. Blixen, représentant le buste d'une jeune femme noire, légèrement de profil. Celle ci est d'une teinte marron sombre elle a le crane rasé et orné d'un tissu imitant les effets du madras. Elle semble vêtue d'une tunique légère lui dénudant une épaule. Son coup est orné de plusieurs colliers vifs. Elle affiche un air déterminé, sérieux ou l'on peut sans peine déceler une pointe de tristesse. Cette représentation de Tshippora rentre totalement en adéquation avec le caractère de l'héroïne. Cette illustration est vraiment plaisante à contempler.

Voici le résumé inscrit au dos du livre
Il y a plus de trois mille ans, une enfant noire est recueillie au bord de la mer Rouge. On l'appelle Tsippora, l' oiseau". La couleur de sa peau a déjà décidé de son avenir : nul ne la voudra pour épouse.
Un jour, pourtant, près d'un puit, un homme la regarde comme aucun autre. Il s'appelle Moïse et fuit l'Egypte.
Amante passionnée, épouse généreuse, Tsippora la noire, l'étrangère, la non-juive, porte la destinée de Moïse à bout de bras. Oubliant ses craintes et ses doutes, il entend grâce à elle le message de Dieu et léguera à l'humanité ces lois qui, aujourd'hui encore, protègent les faibles contre les forts.                                        
Hélas, son amour pour Moïse condamne Tsippora : dans la cohorte des hébreux de l'exode, son destin de femme à la peau noire la rattrape...
Actrice oubliée de la bible, Tsippora est l'incarnation de l'intelligence et de l'amour. Faible parmi les faibles, la première elle comprend le plein sens du rôle accordé à Moïse. Cette lucidité fait d'elle, après Sarah, une héroïne d'une modernité confondante.

*Mon Humble avis sur l'œuvre:
J'ai trouvé ce livre par hasard sur une étagère, je dirais que c'est lui qui m'a trouvé.
En effet j'ai d'abord été fasciné par la couverture. Que pouvait donc bien signifier l'illustration de cette splendide femme noire au port altier. Je me suis précipité sur le résumé, et moi qui adore les romans historico-spirituels je n'ai pût que succomber à son appel qui allait me conter l'une de ces formidables histoires de la genèse oubliée que la bible n’a pas voulu nous conter...
Moïse, forte de mes années de catéchisme j'aurais sût vous en parler. Mais cette Tsippora m'était totalement inconnue pourtant elle fût l'un des piliers de la sainte prophétie.
Je me mit à lire le récit vers 13 h, je le terminais en larmes à 1h du matin.
C'est ce qu'on appelle lire un livre d'une traite.
Tsippora, cette jeune femme noire prédestinée à la solitude juste à cause d'une pigmentation jugée mauvaise car noire car insignifiante.
Miraculeuse dès l'enfance sur les côtes de Madian, elle est recueillie par le bon Jethro, ce sage qui brise la barrière de la couleur, et la traite comme sa fille au sein de ses filles qui l'élève selon les lois d'Horab et lui inculque tout son savoir.
C'est ainsi qu'elle vit une enfance paisible et puis vient l'heure des mariages pour ses sœurs, mais Tsippora elle dans la honte de son teint d'ébène n'attend rien ni personne, mais elle se trompe car ce jour là où elle se fera attaquer, violenter, un homme sera là pour l'aimer, lui redonner l'estime, et le droit à l'amour. Cet homme c'est Moïse, le prophète qui fera traverser le fleuve de la liberté à son peuple, les juifs esclaves des égyptiens.
Avec lui elle deviendra épouse et mère de deux fils Gershom et Eliezer. Elle fera de Moïse l'homme capable de sauver son peuple, elle le poussera aux limites de ses craintes de ses croyances pour accomplir le devoir qui lui était destiné. Mais ce peuple hébreux buté s'arrêtera sur l'apparence, sur la noirceur de sa peau pour l'écarter, lui prendre ses deux enfants et les lui rendre dans le sang.
La kouchite, sera tué par celle qui était sa soeur de coeur, Orma la belle blonde aux yeux bleu trompé par le reflet trompeur de l'ombre qu'est la peau de celle qui était sa soeur donnera l'ordre de tuer celle qui avait déjà trop donné et si peu reçu.
Ce récit m'a marqué en tant que femme en devenir, en tant que citoyenne du monde à la peau sombre, en tant que chrétienne. La peau ce facteur pigmentaire qui régit notre monde encore aujourd'hui.
La peau qu'est-ce que sait?
Mon enveloppe corporelle ne souille pas mon âme.
A tous ceux qui ont érigés la couleur noire comme la couleur du mal je leur dit haut et fort que
Blanc et cruel ça existe, ce n'est pas moi qui le dit, c'est l'histoire.
Pourquoi noir et bon ça n'existerait pas?

*Extraits touchants:
"- Je suis noire et belle,
Fille de Jérusalem. Comme les tentes de Qédar,
Comme les tentures de Salomon.
Ne me voyez pas si noire
Celui qui m'as basanée
C'est le soleil"
"-Moïse sait.
Mais il se prend pour une ombre.
Il n'est capable ni de marcher dans les pas de ce qu'il a été ni d'embrasser son destin.
Que ferait-il d'une kouchite?
Et que ferait une kouchite d'une ombre de plus?
Quel fardeau!"
" Les souvenirs. Voilà c'est ce qui empêche un homme de prendre une femme."
Si ma petite fiche vous a donner envie de tourner les pages de ce Bijou, vous pouvez vous le procurez ICI
Vous m'en direz des nouvelles!
Bisous sucrés!
Love, Euloria



                                        






12 avril 2018

Bantutalk: L'intersectionnalité, la brèche vers un féminisme plus universaliste?




 "Il n'y a pas de lutte à problème unique, car nous ne vivons pas de vies à problème unique" 
Audre Lorde

Mboté mes bénés,
J'espère que vous allez bien je vous retrouve aujourd'hui pour un bantutalk en lien avec le précédent que j'ai fait "Aint' I a woman".
Aujourd'hui mon article va traiter plus profondément d'un aspect que j'avais simplement effleurée dans mon article précédent, en effet j'avais clôt en disant que j'étais femme et noire à la fois soumise au sexisme du fait de ma condition de femme et au racisme du fait de ma condition de noire.
Et en relisant mon article je me suis dit qu'il serait utile de traiter de cette constatation qui porte un nom, Intersectionnalité.

L'intersectionnalité.

C'est l'étude de ces deux facteurs que j'avais décrit (femme et noire) non pas comme étant une addition sexisme plus racisme mais une alliance oppressive de plusieurs discriminations que l'on subit de manière simultanée qui se conjuguent entre elles s'appuient l'une sur l'autre tendant à s'amplifier et trouvant leur justification l'une dans l'autre certains parlent d'identités multiplicatives.
Ce dont j'ai parlée précédemment est l'intersectionnalité entre le fait d'être femme et d'être noire.

Le terme d’intersectionnalité a été pensé par l'écrivaine et juriste féministe afro-américaine Kimberley Crenshaw dans les années 90 "Cartographies des marges : intersectionnalité, politique de l’identité et violences contre les femmes de couleur"

Beaucoup de féministes blanches et sociologues blancs ont critiqués cette approche du féminisme noir appuyé sur la notion d'intersectionnalité de la synergie entre le racisme et le sexisme Mais sans pour autant nier la synergie entre différentes autres discriminations visant une personne (une femme handicapée) l'intersectionnalité se situe dans les liens que peuvent tisser sa condition de femme et sa situation de handicap.

L'intersectionnalité apparaît lorsqu'une discrimination fait jour et que la personne discriminée
 en revient à se demander:
Me refuse t'on cet emploi car je suis femme ou car je suis noire?
Me refuse t'on cet emploi car je suis femme où car je suis handicapée?

Pour ma part penser le féminisme des femmes noires comme un féminisme intersectionnel va de soi car c'est la seule manière qui me semble pour moi à même de nous amener vers une indépendance en tant qu'être humain de sexe féminin à la peau noire mais aussi à amener à une prise de conscience de toutes les femmes elles-mêmes et des sociétés dans lesquelles elles vivent de la conjugaison de tous ces facteurs qui sont un frein pour le développement de multiples sociétés mais également un frein à l'élimination de ces discriminations car ce qui est révélé est déjà amoindrit, en acceptant l'intersectionnalité on laisse une place à des catégories de femmes, auxquelles le féminisme lambda n'accorde pas d'importance, or dans cette grande ère d'échanges d'entrecroisement de cultures dans laquelle nous sommes, Paris n'est plus tout blanc et Brazzaville n'est plus tout noir, les cultures s'entrechoquent nous voilà dans le fameux choc des civilisations de Samuel Huntington, ignorer les facteurs culturels, raciaux, sexuels au non d'une homogénéisation de la femme est d'une sainte idée du féminisme type placée sur un piédestal est une grave erreur.

En effets certains voient en l'intersectionnalité un racisme un repli communautaire, une hiérarchie de luttes au sein du mouvement féministe lui même (K.Mersch l'intersectionnalité, un racisme inversé)
Les féministes traditionnelles blanches ne pouvant prétendre à l'intersectionnalité tout naturellement la récuse en se disant de manière tout à fait fausse et désespérée que du point de vue intersectionnel leur propre combat perdra tout de suite de sa valeur et de son importance car d'autres femmes ont des "défauts" plus gros encore que celui d'être femme, mais souffre des préjugés liés à une couleur de peau, liés à une religion, liés à une condition physique, lié à une orientation sexuelle.
Mais cette crainte stérile ne vient que mettre en lumière un ethnocentrisme et au fond un dédain pour celles qui ne correspondent pas au modèle établit et de facto les excluent délibérément.
Alors dans cet état de fait comment se dire féministe si on ne veut pas l'émancipation de toutes les femmes comment se dire féministe sans prendre en compte les facteurs de pressions que subissent des femmes qui ne nous ressemblent pas et ensuite prétendre parler au nom de toutes les femmes, dans une universalité qui moi me dérange car non je ne m'y reconnait pas comme des milliers d'autres femmes.

Sans le facteur de l'intersectionnalité pris en compte devant nous se dresse simplement un féminisme creux qui exclut plus qu'il ne rassemble.

So, mes bénés j'espère que cet article vous aura éclairé sur ce sujet et je vous laisse vous faire votre propre avis sur cette question .

Bisous sucrés, love Euloria.





14 mars 2018

Bantutalk Ain't I a woman ?

Mboté mes bénés!
J'espère que vous allez bien.
Cela fait longtemps que je n'ai pas écrit d'articles pour le blog mais je tenais vraiment à vous écrire celui-ci, un article sur un livre que je viens de lire "Ne suis-je pas une femme? femmes noires et féminisme" de bell hooks que je tenais absolument à partager avec vous si vous ne le connaissez pas encore.

J'ai lue ce livre il y a quelques jours d'une traite suite à la recommandation acharnée d'un bon ami, j'ai ouvert les premières pages et je ne l'ai plus  refermée.
Je suis une boulimique littéraire je lit énormément cinq à six livres par mois....des biens, des moins biens, des tristes et des hilarants...des douloureux beaucoup moins pour ne pas dire jamais.
J'aime lire pour ressentir des émotions, mûrir en sentiments m'échapper de ma vie en me plongeant dans la vie d'autres...mais lire pour souffrir je n'aime pas du tout, cependant les livres nous font souffrir parfois et c'est inévitable, "Ain't I a woman" est de cela.

Cela fait longtemps maintenant que je n'ai pas ressentie une telle révolte en lisant un livre, la dernière fois que je me suis sentie émue aux tripes en pleine lecture ce fut devant "Roots" de Alex Haley qu'on ne présente plus c'était il y a quasiment 5 ans et quelle détresse de me retrouver dans une situation de tristesse aussi profonde mais ce livre en vaut la peine je dirais que le lire en tant que femme d'abord, et en tant que femme noire est un mal nécessaire en tant qu'être humain une obligation.

Ne suis-je pas une femme?

Voici la question que pose bell hooks dans son ouvrage, reprise du discours de Sojourner Truth à la convention des femmes en 1851 dans l'état de l'Ohio


"Well, children, where there is so much racket there must be something out of kilter. I think that 'twixt the negroes of the South and the women at the North, all talking about rights, the white men will be in a fix pretty soon. But what's all this here talking about?

That man over there says that women need to be helped into carriages, and lifted over ditches, and to have the best place everywhere. Nobody ever helps me into carriages, or over mud-puddles, or gives me any best place! And ain't I a woman? Look at me! Look at my arm! I have ploughed and planted, and gathered into barns, and no man could head me! And ain't I a woman? I could work as much and eat as much as a man - when I could get it - and bear the lash as well! And ain't I a woman? I have borne thirteen children, and seen most all sold off to slavery, and when I cried out with my mother's grief, none but Jesus heard me! And ain't I a woman?
Then they talk about this thing in the head; what's this they call it? [member of audience whispers, "intellect"] That's it, honey. What's that got to do with women's rights or negroes' rights? If my cup won't hold but a pint, and yours holds a quart, wouldn't you be mean not to let me have my little half measure full?

Then that little man in black there, he says women can't have as much rights as men, 'cause Christ wasn't a woman! Where did your Christ come from? Where did your Christ come from? From God and a woman! Man had nothing to do with Him.

If the first woman God ever made was strong enough to turn the world upside down all alone, these women together ought to be able to turn it back , and get it right side up again! And now they is asking to do it, the men better let them.
Obliged to you for hearing me, and now old Sojourner ain't got nothing more to say."


Un livre, où plutôt une analyse sociologique de faits historiques et sociaux dont le but est d'amener à retracer la construction de la vision de la femme noire dans la société états-unienne, une vision forgée par le sexisme et le racisme mise en avant sous un œil rare celui d'une femme noire.

Un féminisme autre que le féminisme jusqu'alors représenté par le combat des femmes blanches pour l'ascension des femmes blanches.
Un féminisme noir de femmes qu'on ne pensait pas qu'elles étaient femmes, de femmes dont on a pût abuser délibérément sans crainte de représailles car des femmes n'ayant nulle protection et nuls défenseurs abandonnées à leur triste sort, leurs cuisses écartées de forces, des femmes qu'on a torturées, violées, mutilés leurs attributs de femmes, les seins les parties génitales...une boucherie de femmes dont les hommes blancs, femmes blanches mais aussi hommes noirs ont abusés.
Dans le lit des corps abusés oui...quand l'envie de débauche est là devant leurs yeux pervers elles sont devenues femmes en qui ils pouvaient planter leur semence et démontrer leur barbarie d'hommes passées sous silence leurs orgies criminelles et meurtrières sur des corps sans valeurs qui à ce moment là étaient femmes mais durant des siècles au-delà de leur utilité sexuelle, agricole, domestique elle n'étaient rien moins que le Noir (homme) elle étaient des femmes noires.

Ne suis-je pas une femme?

C'est la question que je me suis posée en tournant chacune des pages de ce livre.
Comme vous le savez tous je suis congolaise ce n'est plus un secret, de père et mère congolais je suis africaine née en Afrique dans une famille africaine, le désespoir de la traite négrière de la traversée du grand bleu de la cueillette du coton et des coups de fouet je ne l'ai pas vécue.
Mais les conséquences de l'esclavage chez moi au Congo sont retentissantes le bassin du Congo à été le plus grand vivier d'alimentation d'esclaves durant les siècles de traite négrière plus encore que sur l'île de Gorée les conséquences psychiques de ce commerce de ces razzias sur les populations locales n'est plus à démontrer "les vaincus de l'histoire" et en terme de chiffre lorsque l'on sait que la population du Congo-Brazzaville est moitié moindre que ce qu'elle devrait être aujourd'hui (la population actuelle du Congo-Brazzaville est de 5millions d'habitants sans la traite celle-ci serait estimée à plus de 10 millions) ce sont des familles entières qui ont été ainsi réduite à néant.
Les conséquences de l'esclavage sur moi qui vous écrit en tant que personne noire sont indescriptibles.

Aujourd'hui je suis une femme en 2018, plongée dans cette période où les scandales d'harcèlements sexuels fleurissent au grand jour "#weinstein, #balancetonporc, #metoo", je suis heureuse que cette parole se libère et que toutes ces femmes ayant vécues ces expériences aussi dégradantes puissent enfin retrouver la quiétude intérieure que leurs ont confisquées ces bourreaux qui s'ignoraient eux-même.

Toute cette médiatisation n'est pas arrivée par hasard des femmes se sont battues pour libérer la parole, ouvrir la voie, des pionnières toujours nécessaires et puis après elles des années de parcours, et ces scandales ne sont pas des victoires mais juste une petite partie immergée de l'iceberg et du carcan dans lequel sont prisonnières les femmes aujourd'hui encore partout dans le monde le parcours n'est certainement pas encore achevé.


Pour être honnête je ne me suis jamais sentie féministe j'ai toujours regardée certains mouvements comme celui des #Femen d'un œil très sceptique, je me suis jamais sentie féministe car pour moi le combat de ces femmes n'était pas mon combat à moi femme noire qui devait me battre contre autre chose.
 Une chose que j'ai jusqu'à présent considérée plus grave encore que le sexisme, le racisme.
Pour moi c'était clair comme de l'eau de roche si aujourd'hui j'étais discriminée ce n'est pas parce-que j'étais femme c’était parce-que j'étais noire.
Jamais parce-que j'étais femme et noire.


Obnubilée par le racisme et tout ce qui en découle j'en ai toujours oubliée ma condition de femme, quand j'entendais féminisme j'entendais de facto femmes blanches, combats de blanches européennes ayant déjà beaucoup de privilèges et étant incapables de se contenter de ce qu'elles avaient et de ce que nous femmes noires n'avions toujours pas une crédibilité à se plaindre de tout et de parfois rien; et ayant à ma connaissance très peu d'exemples de féministes noires j'ai toujours crut que mon avancée dans la société ne se ferait pas au rythme de l'avancée des femmes mais au rythme de l'avancée des noirs.
C'est cruel à quel point être enfermée dans une condition spécifique nous fait oublier qui on est même de manière naturelle et génétique un mot une couleur nous définit et comme ce mot est plus souvent masculin que féminin quand on entend racisme des noirs on ne voit pas les noir(e)s quand on entend le noir on ne voit pas la noir(e), les mots ont une importance clé car ils modèlent notre esprit et nous rendent de facto sensibles à des choses plus qu'à d'autres , à force de lire racisme des noirs combat des noirs la victime du racisme est devenu de facto l'homme noir, la femme noire invisible dans son ombre et ensemble pourtant nous sommes rentrés dans ce combat et nous femmes n'avons pas eu le recul de nous dire que dans ce combat nous étions invisibles dans l’instinct de race nous faisons front ensemble avec nos hommes privilégiant la race que notre condition de femme et nous sommes devenus ce qu'ils pensent de nous des êtres hermaphrodites ni homme ni femme mais plus proche de l'homme que de la femme.
Asphyxiée par le racisme nous nous levons toujours pour les marches contre les discriminations asphyxiée nous oublions de penser à améliorer notre statut de femme nous sommes encore noyées dans la masse des noirs, des hommes noirs.
Aujourd'hui il est incontestable que je suis passée à côté de cette double problématique de ce double handicap qui apparaît de manière si limpide depuis que j'ai finie ce livre.
Et de ce fait me fait acquérir une autre dimension dans cette quête de justice et d'équité.
Je n'ai jamais compris jusqu'alors pourquoi les hommes noirs s'intégraient aussi bien dans les sociétés occidentales surtout ici en France, plein de mélanine comme nous pourtant ils ont toujours eu plus d'opportunités que nous, ils ont toujours eu une image meilleure appuyée sur des stéréotypes certes mais des stéréotypes valorisant pour l'ego d'un homme et l'ego d'un homme est le ciment d'une société patriarcale.


Tandis qu'en France les hommes noirs ont l'image d'Alphas protecteurs et séduisants bon parti en chambre, la femme noire est la femme sale, bruyante et stupide incapable de faire preuve de séduction inhibée par le complexe de ses origines.

Ce livre m'a permis de faire un parallèle douloureux avec la société française des hommes noirs à la télé il y en a, au cinéma il y en a, dans les publicités il y en a dans le sport il y en a des cadres aussi existent.
les femmes noires c'est niet...une femme noire dans le jargon de la langue française c'est une métisse en France la femme Noire est invisible.
J'ai toujours ce blâme sur mes congénères noirs "quand vous réussissez on n'existe plus nous" quelle femme noire n'a pas eu ce ressentiment devant un couple composé d'un homme noir et d'une femme blanche et métisse lorsque l'inverse est très rare.
La femme noire en France comme aux Etats-Unis est caricaturée, vulgarisée et de fait rendu innatractive si ce n'est pour des activités avilissantes.
Comment en vouloir même toujours à cet homme assaillit du lundi au dimanche 24/24 7/7 de femmes caucasiennes classes et chics qui font la une de tout ce qui peut attirer un homme le parfum les bijoux la lingerie dans tous les encarts publicitaires la caucasienne est le modèle l'afro-descendante l'exception.
La femme noire affublée de stéréotypes tels que dans ce film "bande de filles" qui nous as crucifiées alors qu'au fond nous étions déjà mortes et enterrées dans les consciences communes.

Le féminisme des femmes blanches s'est battu pour que le statut de la femme dépasse celui d'une femme objet, aujourd'hui pour l'égalité salariale, tous un tas de droits les rapprochant des hommes un peu plus d'équité en somme.
La femme noire en plus de se battre pour cela mène un combat ayant une teneur différente puisque le combat de la femme noire en France est déjà d'être reconnue comme étant une femme à part entière un être humain voilà déjà pour nous cela serait très bien car la femme noire en France comme aux Etats-Unis est encore cette chose hybride qu'on hésite à qualifier qu'on ne voit pas qu'on ne représente jamais alors quand on la représente un tant soit peu c'est erroné, toujours.
Comment se battre pour avoir plus lorsqu'il apparaît qu'au yeux de tous que nous ne sommes rien.

Après avoir lue ce livre je me suis sentie autre chose oui je me reconnaît à présent comme étant féministe ils y a des féministes blanches que j'admire mais je me reconnais pas dans leur combat car leur combat aujourd'hui encore ne me profite pas.
Mon combat à moi est différent, complexe si ce n'est compliqué devant m'affranchir de la haine des hommes devant mon sexe réputé faible, devant m'affranchir de la haine d'une race devant la mienne.
Je suis une femme noire et féministe.

Ain't I a woman?

Yes I am.

Je vous souhaite à tous de vous procurer ce livre et en le lisant qu'il vous apporte autant qu'il m'a apportée.

Bisous sucrés, Love, Euloria



9 octobre 2017

L'hypersexualisation de la femme noire,ultime tremplin vers la reconnaissance?

Mboté mes bénés!
J'espère que vous allez bien.
Je vous retrouve aujourd'hui pour un nouveau Bantutalk consacré à un phénomène qui me dérange pire encore qui me met en colère.
Cette semaine la coupe déjà pleine à débordée et après avoir eu une discussion dessus avec mes copines j'ai décidée d'en faire un article.

Il y a encore deux ans j'avais tous les réseaux sociaux en horreur, je ne disposait d'aucun compte ni Facebook, twitter, Instagram, Tumblr, Snapchat j'étais ce qu'on appelle un fantôme pour la plupart des gens de ma génération.
Puis j'ai décidée de m'ouvrir au monde pour rendre mon blog plus attractif j'ai décidée de me créer une page Instagram, seul réseau social que j'ai à ce jour.
Et j'ai beaucoup appréciée le concept au début, étant ce qu'on appelle une commère voir la "vie" des gens comme cela surtout celle de ceux qui ont une vie qui semble si "parfaite" c'est impressionnant.

Ce qui m'a également impressionnée après mes débuts sur Instagram c'était de voir à quel point la femme noire était mise en lumière, adulée contrairement à ce qu'ont voit dans le reste de la société où la femme noire est la laissée pour compte du monde de la beauté, celle qui subit un lynchage médiatique permanent y compris par ses pairs masculins.
Et bien sur Instagram, cette même femme est quasiment vénérée, de la mélanine à toute les sauces en veux-tu en voilà, du chocolat qui coule à flots, du Nigéria aux Etats-Unis en passant par les Caraïbes l'Europe n'est pas en reste non plus.

Des baddies
(femmes de rêve au maquillage parfait, un fessier imposant, un look irréprochable, des ongles de 10cm d'envergure, et cerise sur le gâteau une personnalité "atypique")
au teint chocolat, caramel, curcuma épicé il y en a, à profusion!

Et c'est vrai que c'est quelque chose que j'ai beaucoup appréciée au début, car j'avais des modèles auxquels je pouvait m'identifier rien que pour le makeup, pouvoir reproduire le leur, prendre les références des produits en sachant que cela m'irait et même pouvoir visualiser plus facilement ce que donnerait sur ma peau un tel produit sur le teint d'une baddie ayant un teint similaire au mien.
C'est un atout non négligeable et cela les marques l'ont bien compris car la plupart de ces femmes sont sponsorisées.
Mais ce n'est pas ce qui nous amènent ici.
Non ce qui nous amènent ici c'est la sexualisation accrue de ces femmes noires et au fond des femmes en général car des baddies blanches, asiatiques il y en a aussi, mais notre histoire est différente de ces femmes là et cette sexualisation a un impact bien plus néfaste sur la construction de notre héritage social noir que l'impact de la sexualisation des femmes blanches ou asiatiques sur les sociétés occidentales et asiatiques.
Quand on vous as tout pris jusqu'à votre âme durant des siècles et vous vous retrouvez plus bas que terre et que l'on vous dénie votre humanité et que aujourd'hui encore vous bataillez pour obtenir plus de droits (oui car le respect, la dignité parfois on nous le refuse) laissez moi vous dire que la moindre chose, le moindre comportement social à un impact dans ces cas là.

Comme vous le savez tous, où du moins l'avez constaté.
Le monde perd chaque jour de son originalité, mais ce n'est pas étonnant car au fond rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme alors jusque là...nihil nove sub sole*
(rien de nouveau sous le soleil).
Et les réseaux sociaux accentuent cette impression de perte de souffle, de perte de créativité, plus haut je vous aient ainsi fait le portrait d'une Baddie car ces femmes là sont en quelque sorte des répliques les unes des autres en un peu plus améliorée, et les jeunes filles nous qui nous identifions à elle nous tombons facilement dans la reproduction de leurs comportements (moi-même je me suis prise à ce jeux là) en quête d'une telle beauté qui pourtant est passée souvent sur le billard qui a parfois été travaillée par des applications avant que le cliché soit posté.
Mais peu importe, cela n'arrête pas la quête vers la ressemblance de ce reflet si parfait d'une femme noire à la beauté conquérante qui met tout le monde enfin d'accord.

Si ce modèle devant nous était parfait, je dirais il n'y a pas de problème, aucun danger, fonçons devenons la femme noire irrésistiblement parfaite du 21ème siècle.
Mais il y a un hic comme toujours dans cette euphorie du
"Black is magic"... c'est maintenant que vous savez çà
"Black is beautiful" Amen
 "Melanin poppin" Oh seigneur
"darkskinbaddie" enfin bref....

Il y a un gros malaise, comme une anguille sous roche...quelque chose qui cloche , et ce quelque chose ne sent du tout pas bon.
Et cela commence à m'excéder.

Le cerveau à force de voir les mêmes images, les mêmes poses lascives, sexuelles rentrent dans l'accoutumance et mon cerveau à fini par comprendre que cette image de la femme noire mise en avant pour sa "beauté" reposait sur des critères passéistes, vestiges coloniaux, détritus esclavagistes toujours les mêmes!
Ces critères d'EXOTISME, de SEXUALITE débridée, d'OPULENCE, toutes ces  jeunes femmes se dénudent beaucoup pour "mettre en valeur" leur teint chocolat chaud... (c'est Dieu qui donne). 
Dans des maillots de bain empruntant souvent des tissus tels que le Kente, le Wax ou le Madras rappelant leurs origines "exotiques", s'affutant parfois quand l'été arrive de nos jolies tresses aussi (que j'ai arborée tout l'été durant) et qui mettent en avant toujours cette ascendance africaine qui aura toujours l'air exotique dès lors qu'on vit hors de l'Afrique.
Je veux bien qu'on célèbre l'Afrique, la femme noire, je suis la première à militer pour cela.

Mais l'association de tout cela et de toutes les éloges débridées dessus, me dépassent car une femme noire ne s'exposant pas de la sorte sera soumise à tous les préjugés possibles que nous subissons depuis des années et que je ne tiens même pas à illustrer.
Mais une femme noire plantureuse qui  répond aux standards d'exotisme tant loués celle la va s'attirer les faveurs de tous et sa noirceur hier tant détestée comme par magie devient lumineuse et magique et comme par effet domino créé par les réseaux sociaux comme je l'ai dit on s'identifie à ceux qui nous ressemblent et plusieurs jeunes filles vont croire que s'exhiber car au bout d'un moment c'est clairement de l'exhibition, celle-ci vont croire que pour sortir de cette "noirceur" obscure et passer au melanin magic, il n'est pas bien grave de dévoiler quelques centimètres de peau, de se déhancher fesses au vent sur du shoki shoki, se tartiner le corps d'huile et creuser sa cambrure et hop le tour est joué.
C'est écoeurant et je suis lasse.

Car la condition de la femme noire ne change pas, on passe simplement d'un versant à un autre de cette tragédie qui dure depuis bien trop longtemps, de la négrophobie, on passe à la négrophilie et la femme dans tout cela son statut ne change pas.
Un objet hier, un objet aujourd'hui.

Ce qui me dérange d'autant plus c'est la popularité et le nombre conséquent toujours en augmentation de ces femmes qui bien que certaines soient bien diplômées et qu'elles aient de belles carrières car je ne critique pas du tout leurs parcours mais plutôt cette image qu'elle renvoie de nous les femmes noires et de ce modèle qui pour moi n'est pas sain et semble devenir la norme, un standard de beauté noire la femme foncée plantureuse qui dévoile tout et sexualise son corps "sous l'étiquette du black is  Magic" c'est la porte ouverte à la résurgence de tous ces clichés bestiaux auxquels on avait réduit l'homme et la femme noire. 
Un simple corps, sans cerveau, sans esprit, sans sentiments.
Un corps proche de l'ustensile de l'outil de travail d'ailleurs c'était tout le propre de l'esclavage qui a fait de nous des objets niant notre humanité.
Et dans cette apologie du corps noir souvent callipyge huileux j'ai ce malaise qui me secoue et me donne la nausée.
C'est à cela et cela donc qu'une femme noire doit aspirer ressembler pour trouver grâce aux yeux de la société.
Un objet de fantasme, pour récolter des éloges sur la grâce de ces traits, des éloges sur la couleur chatoyante de sa peau.
Non ce n'est pas à cela que moi et bien d'autres femmes noires aspirant.

L'homme comme la femme noire sont en ébullition, en reconstruction, l'histoire à laissée des plaies béantes et ces plaies ne sont même pas arrivées au processus de cicatrisation.
Notre communauté se rassemblent chaque jour un peu plus de génération en génération c'est la marche vers la guérison, la fierté qui se reconstruit chaque jour un peu plus fort, chaque jour un peu plus profondément, le cap n'est pas encore bien définit mais ce qui es sur c'est que notre reconstruction ne peut pas passer par ce culte du corps, cette matérialisation de désirs qui au fond ne sont pas les nôtres, cette sexualisation à outrance qui nous dépasse et nous as toujours dépassé.

La traite négrière et la colonisation ont laissés des traces profondes y compris sur les désirs, l'homme blanc esclavagiste, devenu colon, devenu bon samaritain devenu éducateur de nos désirs, de nos pensées, devenu éducateur de notre accouplement, cette attirance de l'homme et de la femme noire envers le blanc ardemment, cette prétention qu'on a inculqué à nos hommes de n'êtres que des phallus toujours prêt a s'élever toujours prêt a se noyer dans les plaisirs charnels ce n'est pas nous tout çà et nous les femmes noires serions nous en somme des bêtes de sexe, réduite à tout révéler en leur laissant se rincer l'œil quand bon leur semble NON.

Dans ce refus de se soumettre à de tels standards la femme noire doit tracer sa voie non pas vers la reconnaissance de sa mélanine de sa couleur mais faire abstraction de cette peau l'oublier car il n'y a rien à prouver nous sommes noires c'est un fait une réalité, d'hier d'aujourd'hui et de demain ce n'est pas un étendard alors ne restons pas cantonné a ce qui nous as été assignés par cette immatriculation qu'es notre peau.
Agissons comme des femmes avec élégance classe et respect.
Melanin is magic...Yes honey "femme nue femme noire vêtue de ta couleur qui est vie..."
Léopold Sédar Senghor bien qu'ayant succombé au fruit blanc si défendu l'a reconnue cette peau que nous portons est belle si belle qu'elle doit être honorée, respectée et non pas vénérée de manière obscène et déviante et si certaines personnes la vénère de manière débridée, inutile de leur donner du grain à moudre en retour.

Le défi de la femme noire aujourd'hui est double s'affranchir des standards imposés par la société et embrasser sa féminité de manière à ce que le critère de féminité ne réside pas uniquement dans cette peau noire affublée de presque rien.
On ne naît pas sexy...on le devient c'est un état d'esprit
On n'est pas sexy parce qu'on est noire.
Et féminité ne rime pas avec sexy
Et sexy ne rime pas avec vulgarité
Tout est une question de dosage à tous les niveaux.
Et j'ai peur qu'en étant matraqué en permanence de tels amalgames de cette sexualisation débridée la femme noire finisse par se perdre surtout nous dans la jeunesse et la dans la vingtaine c'est compliqué les filles.

 En ce qui me concerne j'ai toujours été féminine, girly quand j'étais petite et tous les trucs, rose strass poupée c'est moi et aujourd'hui dans la vie de tous les jours je me sens, belle, sexy (ah Narcisse lache moi non)  je me sens à l'aise avec mon corps et j'ai pas de problème a révéler de la peau voire beaucoup trop de peau au grand dam de mon père (tonton veut même porter plainte contre newlook et les jupes mini-mini de l'enseigne) soit c'est son point de vue.
Pour mettre en valeur ma féminité je ne ressens pas le besoin criant de jouer avec ma noirceur pour être sexy, pour que je me sente magique dans ma mélanine!

Sauf que à un moment donné ce n'était pas le cas j'en ai la nette impression aujourd'hui...
en arrivant sur les réseaux sociaux il y a deux ans  je me suis sentie mal bêtement j'ai commencée à me dire que ahlala Eulo tu donnes pas assez de melanin magic cocotte, révèle toi et en prenant pour modèle ces nanas moi la fille qui était assez prude quand même au fur et à mesure mon look s'est beaucoup affuté et je sais que mon look actuel qui parfois peut être ostensiblement sexy n'est pas vraiment le résultat d'un libre arbitre total , je ne peut pas dénier l'influence qu'ont eu ces "modèles de femmes", aujourd'hui bien qu'étant à l'aise dans mes mini -mini et avec mes "mondes au balcon" qui comprendra saura..;)
J'ai assez de recul maintenant pour comprendre que vouloir être sexy doit être un désir propre, un désir de femme et pas un objectif, pas une quête vers une reconnaissance de nos pairs humains, de nos pairs masculins car au-delà d'être noires nous sommes des êtres humains et si j'écris cet article c'est pour tirer la sonnette d'alarme et alerter les filles de mon âge qui se cherchent encore les filles plus jeunes qui idéalisent les gurus, trouvez votre voie, votre style, votre sex-appeal sans vouloir être une réplique vulgaire d'un modèle en rupture de stock qui ne respecte pas votre identité propre et met à terre votre éducation.


Bisous sucrés,

Love, Euloria